Drague à élingues

Pour l'exposition L'Épopée du canal de Suez, qui débutera le 28 mars 2018 à l'Institut du monde arabe, le Musée des arts et métiers a prêté un modèle de drague à élingues, système Couvreux. L'occasion de s'intéresser à cet engin de terrassement datant du XIXe.
Drague raboteuse, système Couvreux, avec toile sans fin pour le transport des déblais, 1859. Inv. 11931.
© Musée des arts et métiers-Cnam / photo Pascal Faligot
En 1859, l’entrepreneur de travaux publics Alphonse Couvreux (1820-1890) prenait un brevet pour « une drague à élingues inclinées ». L’appareil devait faciliter les travaux de terrassement grâce à deux bras mobiles appelés « élindes » : l’un d’eux était pourvu de godets métalliques, particulièrement solides, destinés à arracher des « copeaux » de terre ou de roche ; le deuxième bras, portant une toile roulante, servait à l’évacuation des déblais déposés par les godets. Grâce à ces élingues orientables et positionnables à volonté, l’appareil de Couvreux allait contribuer à l’accélération de chantiers de travaux publics, notamment de construction de lignes de chemins de fer.

C’est d’ailleurs dans ce domaine qu’Alphonse Couvreux a commencé sa carrière, d’abord comme simple ouvrier sur les terrassements du chemin de fer de Paris à Orléans, puis comme sous-traitant des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée et de l’Ouest. Les inventions de Couvreux devaient apporter des solutions efficaces et fiables pour que les chantiers soient menés en respectant les délais et les coûts. En 1860, Couvreux perfectionnait ainsi sa drague à élingues et déposait un brevet pour un « excavateur-porteur à l'usage des terrassements » : évoluant sur une fois ferrée positionnée le long du chantier, la machine raclait le sol avec son chapelet de godets et déposait les déblais dans des wagonnets. Cet appareil ingénieux a été utilisé avec succès sur le chantier du chemin de fer des Ardennes et l’entreprise de Couvreux, réputée pour la qualité de ses produits, se vit confier en 1863 les travaux de percement et de terrassement du seuil d’El-Guisr, sur le chantier du canal de Suez.

À l’occasion de l’exposition L’Épopée du canal de Suez, présentée à l’Institut du monde arabe, le Musée des arts et métiers prête un modèle au 1/16 de drague raboteuse, système Couvreux, avec toile sans fin pour le transport des déblais. Construit en 1859, ce modèle est très proche du mémoire du brevet déposé la même année par Couvreux. Offert au Conservatoire des arts et métiers par la famille d’Alphonse Couvreux en 1890, il permet d’évoquer l’importance de la mécanisation des travaux publics au milieu du XIXe siècle, le chantier du canal de Suez étant un exemple significatif. Il sera complété par deux dessins de dragues à vapeur de la société Gouin et Compagnie, provenant de la collection du Portefeuille industriel. À noter qu’un modèle au 1/5 de l’excavateur que Couvreux présenta à l’Exposition universelle de 1878 est visible dans le domaine de la construction du Musée des arts et métiers.
L’Épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle
Du 25 avril au 5 août 2018 à l'Institut du monde arabe