Une portière pour la reine

Le musée des Arts et Métiers a engagé, avec le soutien de la Cité internationale de la Tapisserie d’Aubusson, un vaste chantier de restauration d’une œuvre monumentale en vue de son exposition.
 
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Aux armes_avant
Avant

© Michel Hérold
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Aux armes_aprés
Après

© Virginie Trotignon-Aubert

La Cité internationale de la Tapisserie d’Aubusson organise une grande exposition monographique Sallandrouze de Lamornaix. Histoire d'une manufacture d'exception (2 juillet - 16 septembre 2021). Elle présentera un ensemble d’œuvres et de dessins de cette manufacture et évoquera le rôle des artistes décorateurs qui donnent leurs modèles aux lissiers et suivent le goût du jour.
Le musée des Arts et Métiers a été sollicité pour le prêt d’une œuvre importante : la grande portière aux armes d’Angleterre, don de l’artiste Amédée Couder en 1855. 
 
Œuvre monumentale (4 mètres de haut sur presque 2 mètres de large), il s’agit d’une toile peinte à la détrempe ou à la colle, avec des pigments mats et des effets métalliques pour rendre les dorures. 
Dans la notice que Couder rédige en 1862 pour détailler les différentes pièces de sa donation, il la présente ainsi : « Cette peinture modèle pour tapisserie figura en 1851 à l’Exposition de Londres. Elle représente les divers attributs de l’industrie et des beaux-arts, avec les armes de l’Angleterre, de Paris et de Londres ».
 
On reconnait en effet au centre de la composition les armes, non pas de l’Angleterre mais des royaumes unis (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord et Angleterre) surmontées d’une jarretière blanche qui porte la devise de la couronne « Honni soit qui mal y pense ».
Comme l’indique Jean-François Luneau dans le catalogue de l’exposition (à paraitre, co-édition Silvana Editoriale – Cité de la Tapisserie), il ne peut s’agir d’un carton – les inscriptions y auraient été inversées pour être lisibles, car le lissier travaille sur l’envers – mais bien d’une « peinture-modèle » faite pour arrêter l’œil du public et l’étonner par ses dimensions. Les recherches récentes attestent cependant que ce modèle a bien été tissé. Le 18 août 1855, sur le chemin qu’empruntent la reine Victoria et le prince Albert lors de leur visite parisienne à l’Exposition universelle, à l’invitation de l’empereur Napoléon III, la maison Salandrouze pavoise son adresse parisienne, boulevard Poissonnière, de deux portières tissées dont l’iconographie est de circonstance. Aujourd’hui, seule cette peinture en rappelle le souvenir.
 
Un important chantier de restauration a mobilisé une équipe de quatre restaurateurs (Virginie Trotignon-Aubert, Maria Letizia Profiri et Giusy Dinardo pour le traitement de la couche picturale et Ludovic Roudet pour le support toile et le châssis) pendant six mois. L’œuvre était en effet très fragilisée par de mauvaises conditions d’exposition (coulures d’eau et poussières de suie) : un important refixage des soulèvements a donc été entrepris avant que le dépoussiérage et le décrassage ne révèlent les coloris et les contrastes de la composition. Préalable indispensable à un déplacement et une exposition au public, il s’agit d’une véritable renaissance dont les visiteurs d’Aubusson auront la primeur.
 

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