Moteur à gaz de Lenoir

L'exposition Made in Montluçon au château des ducs de Bourbon est l'occasion de redécouvrir un modèle de moteur à gaz Lenoir entièrement en bois.
 
Moteur à gaz de Lenoir par Mignon et Rouart, vers 1896. Inv. 12392.
© Musée des Arts et Métiers - Cnam / photo S. Maillard.

Ouvrier et inventeur autodidacte, Étienne Lenoir (1822-1900) dépose un brevet au début de l’année 1860 pour un « moteur dilaté par la combustion du gaz de l'éclairage enflammé par l'électricité ». Reprenant l’architecture de la machine à vapeur, il utilise un mélange de gaz et d’air, l’introduit directement dans le cylindre du moteur et déclenche l’explosion par l’étincelle d’une bougie d’allumage, dont il est aussi l’inventeur. Contrairement à la machine à vapeur, dont la combustion est « externe » à la machine puisqu’elle se fait dans une chaudière séparée, le moteur à gaz est à combustion « interne », celle-ci s’opérant directement dans le cylindre de l’appareil. D’un encombrement réduit, le moteur Lenoir présente également l’avantage d’être immédiatement disponible : il suffit d’ouvrir le robinet de gaz, d’alimenter le système d’allumage par batterie et de lancer le volant d’inertie pour faire démarrer la machine. Les premières versions du moteur souffrent toutefois d’un rendement faible, d’une consommation élevée et de certains dysfonctionnements dus aux à-coups de l’explosion. Lenoir perfectionne son invention, en particulier par la compression du mélange air/gaz avant la combustion ou par l’amélioration des tiroirs qui permettent d’introduire ce mélange dans le cylindre. Fournissant la force motrice nécessaire au fonctionnement d’ateliers ou de petites usines où il sera rapidement supplanté par les moteurs électriques, le moteur à combustion interne connaîtra, avec l’automobile, sa première application d’envergure
Formée par l’association du polytechnicien Henri Rouart (1833-1912) et du gadzart Jean-Baptiste Mignon (1825-1894), la maison parisienne Mignon et Rouart se spécialise dans la production de machines à faire le froid et de moteurs à gaz. Alexis Rouart (1839-1911), frère d’Henri, rejoint rapidement la société qui établit à Montluçon, en 1864, avec l’ingénieur Élie Delinières (1829-1893), une immense usine dédiée à la fabrication de longs tubes soudés. Étendue sur près de 10 000 m², l’usine montluçonnaise emploie plus de 350 ouvriers et devient un important centre de fabrication des moteurs à gaz de Lenoir dès le début des années 1880. Plusieurs de ces moteurs sont distingués lors des expositions universelles de 1889 et de 1900 à Paris. Au début des années 1890, Joseph Hirsch, professeur de mécanique appliquée aux arts au Conservatoire des Arts et Métiers, réalise plusieurs expériences sur un moteur à gaz Lenoir construit par Rouart Frères, dont il rend compte dans les Annales du Conservatoire et devant la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, soulignant les progrès notables accomplis en termes de rendement et de diminution de la consommation de gaz. En 1896, Mignon et Rouart offraient au Conservatoire une sélection d’objets représentatifs de leur production (robinets, injecteurs, régulateurs, arbres de transmission, bicyclette) dont un modèle réduit du moteur Lenoir à quatre temps. Le modèle est accompagné d'un détail de la chambre d'admission et de trois tiroirs dont la disposition des orifices varie selon la composition du mélange air/gaz. Il a la particularité d'être entièrement en bois, ce qui le distingue de la plupart des réductions de moteurs qui reprennent habituellement les matériaux utilisés d'ordinaire pour la construction des moteurs.
Illustrant le passé industriel de Montluçon, et en particulier les anciennes usines Mignon, Rouard et Delinières, installées le long de l’Allier, quai de la Libération, ce modèle de moteur est prêté par le musée des Arts et Métiers à l’occasion de l’exposition Made in Montluçon, présentée jusqu’au 20 septembre au Château des ducs de Bourbon.