Métier à tisser à grande tire

Le musée des Arts et Métiers a engagé la restauration d’un modèle de métier à tisser à grande tire, acquis lors de l’Exposition universelle de 1855.
© Musée des Arts et Métiers – Cnam / photo S. Pelly
Le musée des Arts et Métiers a engagé la restauration d’un modèle de métier à tisser à grande tire, acquis lors de l’Exposition universelle de 1855.
Le musée compte parmi ses collections une remarquable série de modèles de métiers à tisser acquis à l’issue de l’Exposition universelle de 1855. Ils sont l’œuvre de Jean Marin (1806-1876), professeur de théorie de fabrication à l’école de La Martinière, à Lyon, chargé du cabinet et des collections de cette institution.
Cet ensemble présente l’évolution et les améliorations apportées par la Fabrique lyonnaise dans le tissage des façonnés, précieuses étoffes de soie arborant des motifs complexes permis par la maîtrise de la commande des fils de chaîne. 

L’un des modèles évoque la première étape de ce processus avec l’adoption, dans les premières années du XVIIe siècle, du métier à tisser à la grande tire. Conçu par le soyeux lyonnais Claude Dangon (milieu du XVIe siècle-1631), ce type de métier comporte des cordes horizontales et verticales appelées lacs qui lèvent ou abaissent les fils de chaîne. Les perfectionnements apportés par Dangon à ce métier ont permis de multiplier le nombre de cordes (jusqu’à deux mille quatre cents au lieu de huit cents auparavant) et de tisser des dessins plus élaborés. Deux opérateurs au moins étaient nécessaires pour actionner ce métier : un tisseur et un ou plusieurs tireurs de lacs. En 1607, Henri IV octroie à Dangon un privilège de cinq ans pour le commerce de la soie, une aide importante de six mille livres et le titre de « maître ouvrier du Roi ». En contrepartie, Dangon doit monter plusieurs de ses métiers et former des apprentis, de manière à produire sur le sol du royaume des étoffes rivalisant avec celles des soyeux italiens.

Précieuse illustration des débuts de la production lyonnaise des façonnés, ce modèle, tout comme la série à laquelle il appartient, s’inscrit dans une histoire technologique et raisonnée cherchant, au milieu du XIXe siècle, à souligner les filiations, transformations ou hybridations qui touchent les métiers à tisser. Marin construit plusieurs séries : outre celle acquise par le Conservatoire des Arts et Métiers après l’Exposition universelle de 1855 à Paris, l’une a été présentée à l’Exposition universelle de 1851 et fait aujourd’hui partie des collections du Science Museum. D’autres modèles, illustrant l’histoire du tissage depuis l’Antiquité, réalisés pour les chambres de commerce de Lyon et de Saint-Étienne en 1860, figurent quant à eux au musée des Tissus de Lyon.

C’est dire l’importance du modèle du métier à la grande tire exposé au musée des Arts et Métiers. Au début des années 1960, il fait l’objet d’une restauration confiée par le musée à M. Goux, tisseur recommandé par l’École de tissage de Lyon. Depuis, les parties textiles de l’objet, fragilisées notamment par la lumière, se sont fortement dégradé, imposant la nécessité d’une nouvelle intervention. Celle-ci est assurée par un restaurateur du patrimoine spécialisé dans les métiers à tisser, en étroite collaboration avec l’atelier de restauration du musée. Depuis quelques semaines, seul le bâti en bois du métier est présenté dans la première salle du domaine Matériaux : les éléments textiles ont été déposés et seront remplacés, et un échantillon sera tissé à l’aide du modèle. L’ensemble sera réinstallé au printemps 2021.