Maquettes de décor de théâtre de Chéret

Entrées dans les collections en 1910, ces maquettes, restaurées, prendront prochainement place dans l’exposition Scientifiction, Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers.
Maquette du décor théâtral de Chéret, inv. n° : 14279-0019-001
©Musée des arts et métiers-Cnam/photo Pierre Ballif
Le 7 mars 1910, la veuve du caricaturiste Hector Colomb, dit Moloch, écrivait au Conservatoire des Arts et Métiers pour indiquer qu’elle avait pu faire le choix des maquettes de théâtre qu’elle se proposait d’offrir pour les collections. Sans doute, est-ce là le témoignage des liens entre son défunt mari et l’auteur de ces décors : le peintre Jean-Louis Lachaume de Gavaux, dit Chéret, décédé en 1882.

On sait peu de choses sur la carrière de ce peintre, né à La Nouvelle-Orléans en 1820 dans une famille de musiciens. Formé à la peinture de décor dans l’atelier de Charles-Antoine Philastre et Humanité-René Cambon, il s’intéresse beaucoup aux machineries. Il connaît un premier grand succès avec le décor de glaces de La Prise de Pékin, qui triomphe au Cirque-Olympique en 1856. C’est principalement pour les théâtres de la Porte Saint-Martin, de la Gaîté ou de l’Ambigu, très courues des Parisiens et toutes situées dans le périmètre du boulevard du Temple, le fameux « boulevard du Crime », que Chéret propose ses décors.

Les deux maquettes de décors qui seront prochainement présentées dans l’exposition Scientifiction, Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers ont quant à elles été conçues à la fin de sa carrière pour la salle prestigieuse du nouvel Opéra de Charles Garnier, inauguré en 1875. La Muette de Portici, opéra en cinq actes d’Eugène Scribe et Germain Delavigne, sur une musique d’Auber, est l’une des créations lyriques les plus populaires des années 1820.

Elle comporte de nombreux tableaux et, lors de la reprise de 1879, pas moins de sept peintres décorateurs s’attèlent aux différents décors. Cette répartition du chantier s’explique par la richesse de la production, mobilisant plusieurs centaines de mètres carrés de toiles peintes, et par la spécialisation des peintres selon des genres assez codifiés : les glaces, la forêt, les paysages de marines, les architectures médiévales ou les fastes orientaux. Pour l’acte IV de cet opéra, Chéret réalise le décor de la Grotte de Masancello, dont l’horizon est marqué par le port de Naples, finement esquissé. Le ballet Sylvia ou la nymphe des bois, de Louis Mérante, sur un livret de Jules Barbier et Jacques de Reinach et une musique de Léo Delibes, est également un grand succès de la première moitié du XIXe siècle. Pour la représentation du 14 juin 1876, à l’Opéra, Chéret réalise le magnifique décor de sous-bois du premier acte.

On connaît certaines variantes de ces décors dans les collections de la Bibliothèque-Musée de l’Opéra et à la Bibliothèque nationale de France. Les maquettes conservées au musée des Arts et Métiers, en volume, dans leur boîte permettant de simuler les effets de l’éclairage scénique, sont exceptionnelles. Restaurées, elles seront présentées dans l’exposition Scientifiction, Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers.