Locomotive Bourbonnais

Un modèle de locomotive vient de retrouver les vitrines du domaine Transports après avoir été restauré.
 
Mises en service à la fin des années 1850, les locomotives de type Bourbonnais ont été très massivement utilisées sur les réseaux français, et en particulier sur les lignes de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée. Ces machines de type 030 sont pourvues de trois essieux moteurs dont les roues sont accouplées. Elles tirent leur nom de la ligne de Paris à Lyon par le Bourbonnais, ouverte par étapes entre 1850 et 1861. Aux trains de voyageurs vers le Massif Central s’ajoutaient sur cette ligne de très nombreux trains de marchandises acheminant des produits agricoles ou manufacturés entre l’Auvergne et la région parisienne, mais également des trains détournés de la ligne de Paris à Lyon par la Bourgogne pour en soulager l’intense trafic. La Compagnie PLM mit donc au point un type spécifique de machines servant tout aussi bien à la traction de trains de marchandises sur des lignes de bon profil que pour une traction ralentie sur des profils accidentés. Avec une adhérence totale, les machines 030 ont fort bien rempli leur mission et ont servi, jusqu’à la fin des années 1890, à la remorque des trains de marchandises sur le Bourbonnais mais également sur bien d’autres lignes. Outre leur conception robuste et des frais d’exploitation réduits, ces locomotives se démarquent par leur remarquable longévité, les dernières séries livrées dans les années 1880 au PLM n’ayant été radiées par la SNCF qu’au milieu des années 1960. Devant un tel succès, la plupart des constructeurs de l’époque produisaient ce genre de locomotives.

C’est donc un type courant et éprouvé que le Conservatoire des arts et métiers cherche à présenter dans ses galeries en 1896 en passant commande d’un modèle réduit au 1/5 à Jules Digeon et Fils aîné. Il s’agit très vraisemblablement d’une commande de Joseph Hirsch pour le cours de mécanique appliquée aux arts. Le modèle est de très belle facture, fort détaillé, et en partie écorché pour étudier à loisir certains organes essentiels, comme le foyer, les tubes de la chaudière ou encore la prise de vapeur dans le dôme. On constate la volonté de montrer un objet permettant d’actualiser les galeries, prolongeant une série initiée plus de soixante ans plus tôt avec le modèle de locomotive Stephenson. Le choix d’une locomotive Bourbonnais, qui ne se distingue pas par sa vélocité ou son extrême puissance, est également révélateur : Hirsch fait le choix d’une locomotive « utile », fiable, capable de s’acquitter de sa tâche au quotidien, plutôt que d’une machine purement expérimentale ou trop peu connue.

Exposé de manière continue depuis la fin du xixe siècle, le modèle était fortement encrassé et avait perdu en lisibilité. Fin 2019, une intervention de conservation-restauration a permis de stabiliser son état de conservation et de retrouver les couleurs contrastées d’origine : celles-ci permettent d’identifier, du premier coup d’œil, les principaux organes de la locomotive.