Les bateaux du port de la Joliette

Grâce au soutien de l’Association des amis du musée des Arts et Métiers, et de la générosité de plusieurs donateurs, le musée a pu engager la restauration de quinze des dix-sept modèles de navires prenant place sur le plan-relief des docks du port de la Joliette. Soigneusement emballés, les navires seront installés début juillet sur le plan-relief, redonnant ainsi vie à cet objet emblématique.

Outre un important dépoussiérage, les bateaux ont été soigneusement décrassés, ce qui a permis de retrouver l’éclat de la polychromie. La partie la plus importante du chantier concernait la consolidation et le refixage des cordages : avec un diamètre d’environ 0,1 mm, les filins, en alliage cuivreux, sont particulièrement délicats. Ils ont été repositionnés et ont été, quand cela était nécessaire, complétés à l’aide de fils de coton teinté. Une abondante documentation iconographique constituée par les restauratrices en charge de l’opération permettra d’identifier précisément l’ampleur et la localisation des interventions. Les deux modèles restant avaient été restaurés en 2013 par des élèves de l’Institut national du patrimoine.

Le plan-relief des docks du port de la Joliette compte parmi les pièces les plus remarquables exposées au musée des Arts et Métiers. Disposé sur un grand plateau de plus de 2,2 mètres de long, il représente les installations du port de commerce de Marseille à la Belle Époque. On y distingue notamment la digue Sainte-Marie et la digue du Large, qui protègent les installations, ainsi que les bassins d’Arenc et du Lazaret, la traverse et le bassin de la Joliette, les entrepôts, l’hôtel de la direction et la gare maritime.

Édifiés entre 1858 et 1864 sous la direction de l'architecte Gustave Desplaces, les docks de Marseille forment un ensemble immobilier considérable, dédié pendant plus d'un siècle au stockage et à la négociation des prix des marchandises. On doit leur construction à Paulin Talabot, qui fut l'un des grands acteurs de la révolution ferroviaire en France.
 
Les docks sont opérationnels dès 1866 : on commence à y stocker des marchandises, notamment dans des entrepôts frigorifiques. Les surfaces utiles sont considérables : vers 1900, les entrepôts, magasins et hangars couvrent 23 hectares. La longueur totale des quais est de 3 270 mètres, et la voie ferrée desservant les installations mesure près de 17 kilomètres. La machinerie hydraulique comprend trois appareils, soit 530 chevaux, et actionne quarante grues fixes, vingt-et-une grues roulantes, huit grues de cave, vingt-quatre élévateurs, trente-et-une descenderies, et cinq élévateurs-descenderies. Le port compte six formes de radoub (dont la plus grande mesure 180 mètres) desservies par quatre machines totalisant une force de 600 chevaux.
 
Le plan-relief représentant ces installations a été construit vers 1899-1900 par l’atelier de Jules Digeon et Fils Aîné, à Paris, à la demande de la Compagnie des docks et entrepôts de Marseille. Il s’agissait alors pour la société de faire état de la taille et de la qualité de ses installations à l’Exposition universelle de Paris. La présentation d’un tel objet répondait à un but essentiellement commercial : il s’agissait pour la Compagnie des docks et entrepôts de souligner l’ampleur et la modernité de ses installations. Le choix d’une échelle au 1/500 permettait ainsi de montrer de nombreux détails tout en limitant l’encombrement du modèle.