L'Avion n°3 de Clément Ader

Exceptionnel témoignage des temps héroïques de l’aviation, l'Avion n°3 est en cours de restauration.
L’avion n°3 au dessus de l’escalier d’honneur du musée.
© Musée des arts et métiers / Laurence Haïm

C’est l’une des pièces emblématiques de la collection du Musée des arts et métiers. L’Avion n° 3 de Clément Ader est un exceptionnel témoignage des temps héroïques de l’aviation, une époque où ingénieurs, inventeurs et passionnés faisaient preuve d’une audace certaine pour parvenir à concrétiser l’un des plus anciens rêves de l’homme : parvenir à voler.

À la fin du XIXe siècle, les partisans de deux solutions techniques opposées s’affrontent. Les uns, défenseurs de l’aérostation, pensent qu’un objet ne peut voler que s’il est plus léger que l’air ; les autres soutiennent que l’on peut parvenir à faire voler des machines plus lourdes, et Clément Ader est de ceux-là.

Fasciné depuis son enfance par le vol des animaux et des insectes, Ader, s’appuyant sur une solide formation d’ingénieur, et après une brillante carrière dans les chemins de fer, la vélocipédie et la téléphonie, commence la construction de son premier aéroplane, l’Éole (1890). Parvenant à faire se soulever cet aéroplane, et donc prouvant qu’il est possible de faire voler un engin plus lourd que l’air (selon le principe de la portance), Ader reçoit le soutien du ministère de la Guerre qui lui commande un nouvel appareil. Après plusieurs années de recherches et de travaux, l’Avion n° 3 est enfin mis au point en 1897. Mais l’essai officiel devant les représentants du ministère, en octobre 1897 à Satory, est un échec : les mauvaises conditions météorologiques ont dévié l’avion de sa trajectoire, et Ader sort de la piste. Si le ministère de la Guerre suspend son financement, ce qui interrompra les recherches d’Ader, on constate la disparition des traces des roues sur le sol sur environ 300 mètres, preuve du « décollage » de l’avion.

Après avoir figuré en bonne place à l’Exposition universelle de 1900, l’Avion n° 3 est offert au Conservatoire des arts et métiers par Ader en 1902. Déplacé à plusieurs reprises, dégradé par endroits, il fait l’objet d’une importante étude et d’un vaste chantier de restauration dans les années 1990, au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, sous la direction du général Lissarrague.

Restauration de la toile Ader
© Musée des arts et métiers / Lionel Dufaux

Les toiles originales, conservées depuis dans les réserves du musée, ont fait en 2013 l’objet d’une étude préalable à leur mise en conservation, grâce au soutien de la Fondation d’entreprises Hermès. Les quarante-huit fragments qui nous sont parvenus ont été minutieusement traités et étudiés par deux restauratrices spécialisées dans les textiles, et conditionnés dans des boîtes sur mesure. On a pu ainsi redécouvrir les différentes techniques de tissage mises en œuvre, en particulier pour la confection (à la main) de 5 000 boutonnières pour fixer les toiles les unes autres, et toutes les astuces d’Ader pour réduire au maximum le poids de l’avion (évidemment des structures en bois de l’avion, choix d’alliages légers, de colles spéciales…)

Le service de l’inventaire du musée a profité de cette occasion pour reconditionner les très nombreuses pièces détachées originales, provenant entre autres de la voilure (ressorts, vis, boulons…) et du moteur à vapeur.

Au terme de cette année, nous avons ainsi pu approfondir nos connaissances de cet objet patrimonial, améliorer la conservation de ses différents éléments détachés et en faciliter la consultation.

L’Avion n° 3 est exposé dans le parcours de visite du Musée des arts et métiers, dans l’escalier d’honneur, au début de la collection Transports.