La conservation de l’Avion n° 3 de Clément Ader

Du 2 au 10 novembre 2020, le musée des Arts et Métiers réalise une opération de conservation-restauration de l’Avion n° 3 de Clément Ader.
 
 © Musée des Arts et Métiers-Cnam / photo Michèle Favareille
L’Avion n° 3 de Clément Ader est un exceptionnel témoignage des temps héroïques de l’aviation, une époque où ingénieurs, inventeurs et passionnés faisaient preuve d’une audace certaine pour parvenir à concrétiser l’un des plus anciens rêves de l’homme : parvenir à voler.
À la fin du XIXe siècle, les partisans de deux solutions techniques opposées s’affrontent. Les uns, défenseurs de l’aérostation, pensent qu’un objet ne peut voler que s’il est plus léger que l’air ; les autres soutiennent que l’on peut parvenir à faire voler des machines plus lourdes, et Clément Ader est de ceux-là.

Fasciné depuis son enfance par le vol des animaux et des insectes, Ader, s’appuyant sur une solide formation d’ingénieur, et après une brillante carrière dans les chemins de fer, la vélocipédie et la téléphonie, commence la construction de son premier aéroplane, l’Éole (1890). Parvenant à faire se soulever cet aéroplane, et donc prouvant qu’il est possible de faire voler un engin plus lourd que l’air (selon le principe de la portance), Ader reçoit le soutien du ministère de la Guerre qui lui commande un nouvel appareil.

Après plusieurs années de recherches et de travaux, l’Avion n° 3 est enfin mis au point en 1897. Mais l’essai officiel devant les représentants du ministère, en octobre 1897 à Satory, est un échec : les mauvaises conditions météorologiques ont dévié l’avion de sa trajectoire, et Ader sort de la piste. Si le ministère de la Guerre suspend son financement, ce qui interrompra les recherches d’Ader, on constate la disparition des traces des roues sur le sol sur environ 300 mètres, preuve du « décollage » de l’avion.
 
Après avoir figuré en bonne place à l’Exposition universelle de 1900, l’Avion n° 3 est offert au Conservatoire des Arts et Métiers par Ader en 1902. Présenté pendant de longues années dans l’ancienne église de Saint-Martin-des-Champs, il fait l’objet d’une importante restauration conduite dans les ateliers du musée de l’Air et de l’Espace et retrouve les Arts et Métiers en 1994 où il est, depuis, suspendu sous la voûte de l’escalier d’honneur.

La conservation des collections implique de conduire des opérations de contrôle et d’entretien régulier des objets. L’Avion n° 3 ne déroge pas à cette règle mais compte tenu des dimensions de l’aéroplane et de son espace d’exposition, l’opération prend forcément un tour assez spectaculaire. Début novembre 2020, un échafaudage sera donc construit dans l’escalier d’honneur pour que les restaurateurs puissent intervenir sur l’avion.

Il s’agira d’abord d’assurer un dépoussiérage complet de l’aéroplane : réalisé à l’aide de plumeaux et d’aspirateurs spéciaux, il permettra d’améliorer la présentation de l’objet mais contribuera surtout à sa conservation. La poussière est en effet un facteur de dégradation des collections : elle capte l’humidité et peut favoriser le développement de moisissures. On profitera également de l’occasion pour réaliser un constat d’état, minutieux relevé de toutes les altérations constatées sur l’objet, qu’elles touchent la structure ou les surfaces. Si les conclusions du constat d’état l’imposent, on pourra programmer ultérieurement d’autres interventions plus fondamentales. 
 
© Musée des Arts et Métiers-Cnam / photo Michèle Favareille.