Douze dessins de François Schuiten

À l’issue de l’exposition Machines à dessiner, qui s’est tenue d’octobre 2016 à février 2017 au musée des Arts et Métiers, François Schuiten a proposé d’offrir à l’institution douze des nombreux dessins présentés pour l’occasion. Exécutés au cours des années 1990, ces dessins nous replongent dans la rénovation qu’a connue le musée à cette époque, marquée par la restauration des espaces et la réorganisation du parcours de visite permanent.
Un premier ensemble d’œuvres concerne ainsi les projets d’aménagement de l’ancienne église de Saint-Martin-des-Champs, conçue comme un lieu d’émerveillement venant clore la visite. En 1992, le tandem Peeters/Schuiten formalisait un projet comprenant une immense passerelle permettant aux visiteurs de découvrir les aéroplanes suspendus sous la nef, surplombant les collections d’automobiles maintenues au niveau du sol. L’idée d’un « transtockeur » faisant de l’église un véritable magasin industriel lui fut préférée, avant d’être finalement abandonnée : en 1998, François Schuiten proposait un second projet avec une passerelle elliptique, se déployant autour de plusieurs objets phares. Si la mise en scène était audacieuse, le principe de cette installation n’a toutefois pas été validé par la Commission supérieure des monuments historiques.

Une deuxième série de dessins est dédiée au réaménagement de la station Arts-et-Métiers, sur la ligne 11 du métro parisien, programmé en 1993 en vue des célébrations du bicentenaire du Conservatoire. Une scénographie très immersive a alors été conçue par François Schuiten, cherchant à suggérer des « mécanismes du génie » en s’inspirant du Nautilus du capitaine Némo ou du fardier à vapeur de Joseph Cugnot. Véritable passerelle entre le monde du métro et celui du musée, la station est habillée de plaques de cuivre rivetées, hommage à l’esthétique de la grande industrie. Des hublots, ménagés dans les parois, permettent aux voyageurs de découvrir quelques objets de la collection en lien avec les transports, la mécanique ou l’énergie.
 

Au-delà de la représentation d’objets de la collection, ces dessins nous rappellent la richesse des pistes explorées au moment de la rénovation du musée : si les projets d’aménagement de l’église et du parvis proposés par François Schuiten n’ont finalement pas été retenus, ils soulignent le parti-pris muséographique de l’époque, privilégiant une présentation esthétique des collections, jouant volontiers la carte de l’immersion. Dépassant la question de l’histoire des collections et de la seule médiation culturelle, la mise en scène cherche à provoquer l’émerveillement du visiteur, associant des collections emblématiques à des lieux spectaculaires.

Conformément à la réglementation s’appliquant au musée des Arts et Métiers, qui bénéficie de l’appellation « Musée de France », la Commission des collections a étudié cette proposition de don et a donné un avis favorable pour que ces dessins rejoignent le patrimoine national. Cette acquisition s’inscrit dans l’un des axes d’enrichissement des collections visant à approfondir nos connaissances quant à l’histoire du Conservatoire, du musée et des collections, et permet d’en illustrer une des pages les plus significatives.