Daguerréotype : phase partielle d’une éclipse totale de soleil, vers 1840-1850

Le musée des Arts et Métiers a fait l’acquisition d’un très rare daguerréotype réalisé dans les années 1840-1850, représentant un phénomène astronomique (inv. 45391).
Daguerréotype : phase partielle d’une éclipse totale de soleil, vers 1840-1850
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Le procédé daguerréotype, mis au point par Louis Jacques Mandé Daguerre, permet d’obtenir l’image saisie par la chambre noire sur une plaque de cuivre argentée. Cette invention est jugée tellement importante « sous le quadruple rapport de la nouveauté, de l'utilité artistique, de la rapidité d'exécution et des ressources précieuses que la science lui empruntera » que le 7 janvier 1839, le savant François Arago déclare devant l’Académie des Sciences : « Il semble donc indispensable que le Gouvernement […] dote noblement le monde entier d’une découverte qui peut tant contribuer aux progrès des arts et des sciences. »
 
Les daguerréotypes sont des objets uniques et non reproductibles, des « incunables » de l’histoire de la photographie. Celui que le Musée des Arts et Métiers vient d’acquérir, est un document anonyme qui présente la phase partielle d’une éclipse totale de Soleil. Le lieu de la prise de vue et la date d’obtention ne sont pas connus. Mais l’étude de sa matérialité apporte des éléments et nous amène à considérer sa date d’obtention dans les années 1840. En effet, l’image inversée sur cette éclipse peut laisser penser qu’il s’agit d’un daguerréotype primitif ; la simplicité du montage tend à confirmer cette hypothèse. Comme on sait dater les éclipses en Europe à cette époque, à savoir les 8 juillet 1842, 9 octobre 1847 et 28 juillet 1851, ce daguerréotype pourrait représenter l’une d’entre elles.
 
L’astronomie est la première application pressentie par François Arago du procédé de daguerréotypie. Compte tenu de la période d’utilisation limitée du procédé (1839-1855), de sa complexité, de ses contraintes et de ses limites, mais aussi de la difficulté de saisir les phénomènes astronomiques, ces daguerréotypes d’éclipse sont d’une extrême rareté et constituent des témoignages exceptionnels. Seuls quelques-uns sont répertoriés dans le monde.

Si cet « objet photographique » pose de nombreuses questions, du point de vue de l’histoire de la photographie et de celle de l’astronomie, la communauté scientifique a néanmoins une certitude, celle de son caractère unique et de sa dimension patrimoniale. Cette acquisition souligne le rôle des institutions et des sociétés savantes dans la diffusion des connaissances et la transmission des archives scientifiques matérielles, relayant les tentatives des astronomes et des photographes pour reproduire la Lune ou le Soleil, pointant tantôt la performance eu égard aux procédés sensibles et aux techniques à leur disposition, tantôt l’intérêt scientifique des documents obtenus, et constituant souvent de précieuses collections, qui restent, aujourd’hui encore, utiles aux chercheurs.
 
Cette acquisition exceptionnelle pour le musée des Arts et Métiers rappelle que le Conservatoire des arts et métiers constitua dans les années 1880-1900 une très riche collection de photographies scientifiques alors présentées au public dans sa nouvelle galerie des arts graphiques et de la photographie. Parmi les œuvres et documents remarquables que le musée possède aujourd’hui, il convient de signaler la remarquable série de daguerréotypes, acquise par le musée en 1926, du passage de Vénus devant le soleil en 1874 (inv. 16517) pris de Saint-Paul, Nouméa, Pékin et Nagasaki, mais également la chambre photographique à tiroir provenant du laboratoire de Daguerre (inv. 09553).
 
Empreints de fascination, les daguerréotypes astronomiques nous renvoient à une utopie photographique, celle de classifier et répertorier le monde, et au projet fou de cartographier le ciel, projet international lancé en 1887 (abandonné en 1970) par Amédée Mouchez, astronome et directeur de l’Observatoire de Paris. Ce daguerréotype représentant la phase partielle d’une éclipse totale de Soleil est à considérer comme un document exceptionnel pour l’histoire des techniques et pour les collections du musée des Arts et Métiers, mais encore comme une énigme pour celle de l’histoire de l’astronomie.