Une fondation révolutionnaire

C'est à la Révolution française que l'on doit la création du Conservatoire des arts et métiers.
Portrait de l'Abbé Henri Grégoire, fondateur du Conservatoire des Arts et Métiers en 1794.
© Lithographie de Ducarme, publiée par Blaisot.

En 1794, alors que le pays vit l'une des plus graves crises de son histoire, marquée, à l'intérieur, par une guerre civile meurtrière, et à l'extérieur, par un conflit armé avec les monarchies européennes coalisées, plusieurs esprits éclairés militent pour encourager le développement du progrès technique et de l'industrie.


L'abbé Grégoire, acquis aux idées de la Révolution, propose ainsi aux députés de la Convention nationale les « moyens de perfectionner l'industrie nationale » : « La création d’un conservatoire pour les arts et métiers, où se réuniront tous les outils et machines nouvelles inventés et perfectionnés, va éveiller la curiosité & l’intérêt, et vous verrez dans tous les genres des progrès très-rapides. […] L’expérience seule, en parlant aux yeux, aura droit d’obtenir l’assentiment […]. Il faut éclairer l’ignorance qui ne connaît pas, et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître. […] On y réunira les instrumens et les modèles de tous les arts, dont l’objet est de nourrir, vêtir et loger. » Le 19 vendémiaire an III [10 octobre 1794], la loi instaurant le Conservatoire des arts et métiers est votée.

Page de titre du décret de création du conservatoire des arts et métiers par l'abbé Grégroire, le 29 septembre 1794.
© Musée des arts et métiers. Archives NS1.B.1.

L'idée d'un dépôt public d'invention, ouvert aux artisans et techniciens, n'est pas nouvelle : au milieu des années 1740, le mécanicien Jacques Vaucanson installait à l'hôtel de Mortagne, à Paris, plusieurs métiers et machines textiles ainsi que les outils nécessaires à leur construction et à leur fonctionnement. C'est ici que l'on trouve l'origine du Conservatoire ; d'ailleurs, Claude Pierre Molard, qui dirigera l'institution entre 1800 et 1817, sera dessinateur et démonstrateur à l'hôtel de Mortagne.


La Révolution assigne d'autres dépôts d'invention au Conservatoire, notamment l'ancien cabinet des machines de l'Académie des sciences (au palais du Louvre), ou l'hôtel d'Aiguillon, où sont placées certaines collections d'origine aristocratique ou princière mises sous séquestre. À partir de 1798, le Conservatoire s'installe dans l'ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs, qu'il occupe encore aujourd'hui, dans ce qui est à l'époque un quartier industrieux du vieux Paris. Un atelier de mécanique, un bureau des dessinateurs et une bibliothèque sont rapidement établis. Les collections sont classées dans les galeries qui ouvrent leurs portes en 1802.


Si l'institution est désignée comme un « conservatoire », c'est qu'elle est destinée à transmettre des savoir-faire par la démonstration (en l'occurrence par la mise en mouvement des machines). Les « arts et métiers » désignent quant à eux les procédés et les techniques appliqués à l'industrie.

Pour en savoir plus :

Marie-Sophie Corcy et Lionel Dufaux, « À la découverte du Musée des arts et métiers », Le Musée des arts et métiers. Guide des collections, Musée des arts et métiers / Artlys, 2013 ; Alain Mercier, Un Conservatoire pour les arts et métiers, Gallimard, coll. « Découvertes », 1994.