Le moulin Hubert de Rochefort

Un projet de reconstruction du moulin Hubert de l'Arsenal de Rochefort est l'occasion de revenir sur un modèle conservé dans les collections du Musée des arts et métiers.
Moulin Hubert de l'Arsenal de Rochefort, vers 1806-1808. Inv. 04074.
© Musée des arts et métiers-Cnam / photo M. Favareille.

Parmi les collections du Musée des arts et métiers figure un modèle des plus intéressants, évoquant une page majeure de l’histoire de l’Arsenal de Rochefort. Construit par décision de Louis XIV en raison de sa position stratégique, ouvert sur l’océan Atlantique et relié à l’intérieur des terres par la Charente, l’Arsenal de Rochefort devait contribuer à l’affirmation de la puissance maritime française, aussi bien du point de vue commercial que militaire. Offrant une position éminemment stratégique, le site souffrait néanmoins d’une implantation défavorable, le faible tirant d’eau de la Charente conduisant à un fort envasement des installations.

Formé à l’École polytechnique, passé par le port militaire de Brest, le jeune sous-ingénieur Jean-Baptiste Hubert (1781-1845) est nommé à Rochefort en 1805. Il imagine très tôt une solution innovante au problème récurrent de l’envasement des formes de radoub, bassins artificiels où sont entretenus les navires. En 1806, Hubert fait construire un moulin à vent à l’entrée de la double forme de radoub de 1725, dite forme Louis XV. Haut de 31 mètres, le moulin est relié par un câble à une drague pourvue d’une pelle qui fait un va-et-vient entre la porte de la double forme et une plate-forme située dans le cours du fleuve. À l’aller, pelle abaissée, la drague racle le fond et achemine la vase jusqu’au ponton, où elle est disséminée vers l’aval ; au retour, pelle relevée, la drague rejoint sa position initiale. L’ingénieux dispositif remplace avantageusement les bœufs autrefois sollicités pour cette tâche pénible. Et quand il n’est pas nécessaire de dévaser la double forme de radoub, le moulin Hubert peut être employé à d’autres travaux : il est en effet équipé d’un laminoir à plomb et de broyeurs de pigments à quatre pilons, pour la peinture des navires. La polyvalence de l’installation et la rationalisation de l’énergie sont particulièrement marquants et constituent un jalon essentiel dans le développement techniques des installations des arsenaux.

Le modèle réduit conservé au Musée des arts et métiers est contemporain de la construction du moulin rochefortais. Il provient de l’Académie des sciences et a très probablement rejoint le Conservatoire vers 1808. Il est, à quelques variantes près, semblable à un autre modèle réduit, conservé dans les collections du Musée national de la Marine, à Rochefort. Alors que le moulin Hubert a été détruit à la fin du XIXe siècle, les deux modèles réduits constituent des sources de premier plan dans les recherches conduites par l’Association du moulin de l’Arsenal de Rochefort, visant à proposer la reconstitution de cette installation essentielle dans l’histoire maritime française.

Association du moulin de l'Arsenal de Rochefort (AMAR)
Musée national de la Marine
1, place de la Gallissonnière
17300 Rochefort
moulinarsenal@gmx.fr