Le Dicycle Otto Safety

Ce cycle original de la collection du musée fait actuellement l'objet d'une opération de conservation.
Bicycle, dit Dicycle, Otto Safety, vers 1880. Inv. 14015.
© Musée des arts et métiers - Cnam / photo P. Faligot
La recherche de la vitesse et de la sécurité compte parmi les critères les plus marquants de l’évolution de la vélocipédie au XIXe siècle. Le Grand-Bi, avec sa roue avant de grand diamètre, offrait une solution intéressante par rapport aux vélocipèdes du milieu du siècle : il était en effet possible pour le vélociste d’avancer plus vite grâce au plus grand développement de la roue, au détriment toutefois de la sécurité, Grand-Bi demeurant instable et présentant de forts risques de basculer sur le côté.
En 1879-1880, le mécanicien allemand Edward Carl Friedrich Otto (1841-1905), installé à Londres, brevète un bicycle original devant améliorer notablement la sécurité. Construit à l’origine par la Birmingham Small Arms Company (BSA), le Dicycle Otto Safety comporte deux roues reliées par un essieu supportant, à l’arrière, la selle du passager, et à l’avant, le pédalier transmettant le mouvement aux roues à l’aide de courroies métalliques sur poulies. Le Dicycle n’a pas de guidon : pour tourner, le cycliste utilise deux doubles poignées situées de part et d’autre du siège. Elles permettent d’actionner un frein sabot et de commander la tension de la courroie. Pour tourner, il suffit d’actionner le frein du côté où l’on souhaite aller et de détendre la courroie de l’autre. À l’arrière du siège, une béquille munie d’une roue empêche le Dicycle de se retourner.
Proposant une stabilité transversale plutôt que longitudinale, le Dicycle connaît un succès certain au début des années 1880. Otto fonde ainsi l’Otto Bicycle Company et reçoit, en 1885, une médaille d’argent à l’Exposition internationale de Londres. Pourtant, le perfectionnement de la bicyclette de sûreté condamne à moyen terme le Dicycle, dont un exemplaire rejoint néanmoins les collections du Musée des arts et métiers en 1906 à l’issue de l’Exposition rétrospective du Cycle, à Paris.
Précieux témoin de la construction de ces machines éphémères, le Dicycle du musée est encore pourvu de ses bandages d’origine, en caoutchouc vulcanisé. Il importe, pour conserver ce matériau très fragile, d’éviter tout frottement ou contact avec le sol. Le Dicycle vient donc de rejoindre les réserves du musée où il sera soclé pour retrouver sa place, dans quelques semaines, au cœur de la collection de cycles présentée dans la galerie des transports.