La voiture Hélica

Cet automne, le Musée des arts et métiers engage la troisième phase de restauration de sa voiture à hélice dite Hélica.
Voiture à traction aérienne Hélica série D.21 n°1 type 8HP, 1921, inv.16863. © Musée des arts et métiers-Cnam/photo Michèle Favareille.
Après le traitement des sièges capitonnés, en cuir (2015), et la polychromie sur bois et métal (2016), cette dernière opération concernera les essieux, les roues, l’hélice et le bloc moteur. Parmi les collections automobiles présentées dans l’ancienne église de Saint-Martin-des-Champs, l’Hélica se distingue tout particulièrement par sa ligne et sa motorisation.

En 1918, Marcel Leyat (1885-1986), ancien élève de l’École Centrale et ingénieur dans l’industrie aéronautique, prenait un brevet pour un « véhicule mû par une hélice aérienne ». Baptisée Hélica, cette voiture comprenait une carrosserie de forme ichtyoïde constituée de longerons de bois garnis de contreplaqué, selon un principe repris des carlingues d’avions. Le véhicule compte deux places « en tandem » et un coffre à bagages. Son moteur à deux cylindres horizontaux tourne à 1 400 tours par minute et développe une puissance de 8 chevaux. La transmission se fait par une hélice en bois à quatre ou six pales, placée à l’avant du véhicule et protégée par un pare-hélice. Les freins sont placés sous les roues avant et la commande de direction contrôle les roues arrière par un volant. L’Hélica ne comporte pas de marche arrière, de changement de vitesse ou de radiateur, le moteur étant refroidi grâce à l’air produit par la rotation de l’hélice.

Leyat avait imaginé deux variantes : la première, volante, devait offrir aux particuliers la possibilité de disposer d’un véhicule personnel volant. Lors d’une campagne d’essais opérée en 1927, une Hélica volante privée de ses ailes pour l’occasion atteignit la vitesse de 170 km/h sur l’autodrome de Montlhéry, mais la construction en série ne fut jamais lancée. La seconde variante, roulante, connut en revanche davantage de succès, et plusieurs véhicules furent produits en série dès le début des années 1920. En 1926, Leyat apporte des modifications significatives à l’Hélica, supprimant par exemple la direction autostabilisatrice pour une meilleure tenue de route. Véhicule atypique aux performances remarquables, l’Hélica participe à divers événements sportifs pour lesquels elle arbore des messages publicitaires, comme pour la compagnie d’assurances La Participation ou pour le savon Gellicyne.

Premier exemplaire de la série D.21 produite en 1921, l’Hélica actuellement présentée au Musée des arts et métiers était destinée à l’origine à un client anglais. Ce dernier s’étant rabattu sur un modèle à conduite intérieure, fermée, cette Hélica a été acquise par Gustave Coureau, lui-même fasciné par le travail de Leyat et auteur de l’ouvrage Mon Hélice au pays des merveilles. En 1935, il se proposait d’offrir son Hélica à la Société des amis du Musée de la voiture et du tourisme : estimant la valeur scientifique de l’Hélica, la Société invita Coureau à prendre contact avec le Conservatoire des arts et métiers. Examinant la  voiture, le Laboratoire d’essais du Conservatoire jugeait le rendement de son moteur et sa conception en général particulièrement intéressants.

Cette Hélica est l’une des dernières qui reste de la production des voitures de Marcel Leyat. Elle présente l’avantage de montrer des dispositions très certainement proches de la configuration d’origine, tant du point de vue des peintures que de la motorisation. La campagne de restauration entreprise depuis 2015 a permis d’approfondir notre connaissance de l’histoire matérielle de l’objet et vise à préserver la valeur « archéologique » de cette automobile, en conservant par exemple les traces d’usage qui témoignent de l’utilisation de la voiture. La restauration se déroulera sur le lieu même d’exposition de l’Hélica, dans l’église du Musée des arts et métiers.