Hercule, l’athlète qui roule des mécaniques

Nouvelle acquisition | En avril 2022, l'Hercule électrique a rejoint la collection remarquable d’automates du musée des Arts et Métiers. Il a été réalisé par Gaston Decamps et son père Ernest, pour être présenté à l’exposition universelle de 1900.

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Photo Hercule électrique

Haut de 70 cm, cet androïde se penche pour prendre l’haltère qu’il soulève en même temps que ses yeux se ferment. Son corps se tend, ses muscles se gonflent, l’effort physique est simulé grâce au dispositif mécanique ingénieux. 

La qualité du dessin du visage, la grâce, la recherche du geste parfait signent la production de Gaston Decamps. Ses œuvres marquent une évolution notable dans l’histoire de l’entreprise familiale Roullet-Decamps, ouverte en 1865.  

Mais la grande innovation est l’utilisation d’un moteur électrique. Le fonctionnement en continu de l’automate permet ainsi à l’entreprise de présenter son savoir-faire aux yeux de tous les passants.    

L’entreprise familiale Roullet-Decamps a fermé en 1995. Pendant plus d’un siècle, elle a su conserver son activité en restant toujours attentive à l’évolution technique.    

Hercule a été légué au musée par Cosette Bellancourt-Decamps en hommage à son père qui en 1934 a fait don au musée de trois automates : L’Homme‑ serpent, le Léopard et l’Éléphant, exposés dans le théâtre des automates. 

 
L'INTERVIEW EN 3 QUESTIONS
Karine Alexandrian, responsable de la collection Mécanique au musée des Arts et Métiers, nous en dit plus sur cet athlète hors pair !
« L’Hercule électrique » a été présenté pour la première fois à l’Exposition universelle de 1900, dans la section bimbeloterie. S’agit-il d’un simple jouet ? En quoi était-il innovant à l’époque ?  

Les jouets mécaniques, vendus à bas prix dans les grands magasins et les bazars, sont destinés à l’amusement des enfants. Leurs mécanismes et leurs mouvements restent très simples. Les automates sont beaucoup plus élaborés, leurs mécanismes permettent une succession de mouvements variés.  Ce sont des objets relativement chers, que l’on admire dans les salons bourgeois. L’Hercule électrique n’est pas un jouet, c’est un objet que l’on contemple. Il est innovant à l’époque car c’est l’un des tout premiers automates à être pourvu d’un moteur électrique. Il illustre la préoccupation naissante pour le réalisme et la fluidité des mouvements.   

Il a été fabriqué par Gaston Decamps et nous a été légué par Cosette Bellancourt-Decamps, sa petite-fille. L’entreprise familiale Roullet-Decamps a été fondée en 1865 et a fermé ses portes en 1995. Quel héritage nous a-t-elle laissé ?  

L’originalité de cette l’entreprise familiale réside dans la longévité et la permanence de sa production dans le domaine très particulier de l’automate. Quatre générations vont se succéder pendant plus de 130 années. Cette entreprise nous laisse un héritage foisonnant, miroir de l’évolution de la vie française et de son économie. Clowns, magiciens, escamoteurs, acrobates, dandys, Pierrot lunaires, animaux, automates de réclame témoignent d’une incroyable inventivité basée sur l’observation du quotidien.  Ce petit peuple mouvant, rampant, dansant reflète également les évolutions techniques sur un siècle et demi.  

Cette nouvelle acquisition vient enrichir les collections du musée qui comportent des automates remarquables. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces objets animés ?  

La collection d’automates du musée des Arts et Métiers figure parmi les plus prestigieuses d’Europe par la richesse et la qualité de ses pièces. À l’origine, cette collection reflète l’excellence et la virtuosité des maîtres horlogers et mécaniciens des XVIIIe et XIXe siècles. La Joueuse de tympanon réalisée en 1784 (inv. 07501) illustre cette quête de perfection. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les automates fabriqués en série, de facture plus modeste et pittoresque, continuent à illustrer la science, l’ingéniosité et l’art de générations de mécaniciens et d’horlogers. La collection du musée illustre cette diversité créative, technique et thématique. L’Hercule électrique, lorsqu’il sera exposé dans le théâtre des automates permettra d’apprécier le mécanisme et le cartonnage, normalement inaccessibles aux yeux du visiteur.