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Le Portefeuille industriel




Construction du Westminster Bridge, sur la Tamise

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© Musée des arts et métiers/J.-M. Courant/Dephti-Ouest
Lavis de gris et de bistre sur traits de crayon et d'encre. Dessin non signé, sur vergé fort [76,4 x 51,91]. Deuxième quart du XVIIe siècle.

Inv. 13571.160/2 (d'une collection de cent quarante-deux dessins ou documents relatifs à un grand nombre de ponts).


L'extension du quartier londonien de Westminster, sur la rive gauche de la Tamise, s'accentua particulièrement dans les premières années du XVIIIe siècle. Le Putney Bridge, construit en 1727 par le maître-charpentier Thomas Phillips, ne suffisait plus au nouvel équilibre de la cité. Aussi, en dépit des difficultés soulevées par l'interruption du trafic fluvial, la construction d'un pont à hauteur de Westminster fut étudiée dès 1721.

L'année suivante, Colen Campbell propose un projet. En 1736, alors qu'un décret du Parlement nomme des commissaires du Westminster Bridge, Nicholas Hawksmoor présente un programme (1) mais meurt la même année. En 1737, c'est au tour de Robert Browne d'avancer ses plans. Finalement, Charles Labelye est désigné pour diriger les travaux à partir de 1738. L'ouvrage en cours ne va pas sans éveiller controverses et rancœurs : fils d'un protestant français réfugié en Suisse, Labelye, membre d'une loge maçonnique française établie à Londres, s'est fait un ennemi juré en la personne de son concurrent Batty Langley. Le tassement d'une des piles, en 1747, entraîne une cascade de pamphlets hostiles à Labelye mais aussi à son protecteur, Lord Pembroke, et aux Commissaires institués par le décret de 1736 (2). Violent entre tous, Langley traite Labelye d'«insolvent, ignorant, arrogating SwiSS (3).»

En 1739, abordant la technique utilisée, Labelye publie A Short Account of the methods made use of in laying the foundation of the piers of Westminster Bridge (4), que vient compléter en 1751 The Description of Westminster Bridge.

Après douze ans de chantier, le Westminster Bridge est inauguré en grande pompe au mois de novembre 1750.

Malgré son absence de légende et son caractère imprécis, ce dessin peut être situé grâce en particulier à une autre vue qui lui fait pendant et illustre une «ferme de Bâtardeau pour la Construction du pont projeté Sur la Tamise». Plusieurs autres dessins du dossier se rapportent au même pont : certains d'entre eux consistent en une étude d'implantation, avec désignation des prélèvements «stratigraphiques» effectués dans le lit du fleuve.

Notre feuille montre deux maçons à l'œuvre, sous l'œil attentif d'un contremaître. Le style est vivant : affairement du charpentier à genoux ; démarche affectée du contremaître... Les choix de couleurs semblent vouloir privilégier l'élément humain. Le témoignage technique est médiocre, mais le charme neuf du dessin supplée à cette lacune.

Préfiguration maladroite des scènes animées démonstratives de l’Encyclopédie ; théâtralisation du milieu artisanal et ouvrier ; prescience du reportage... il y a de tout cela dans cette composition.

(1) N. HAWKSMOOR, A Short Historical Account of London Bridge, with a proposition for a new stone bridge at Westminster, 1736. Cité par Howard COLIN, A Biographical Dictionary of British Architects, 1978, p. 405.
(2) dont The Downfalt of Westminster Bridge, or my Lord in the suds.
(3) A Survey of Westminster Bridge, as 'tis now sinking into ruin, 1748.
(4) dont un exemplaire, conservé à la Library of the Institute of Civil Engineers, contient des dessins originaux du pont exécutés par Thomas Gayfere (cf, COLIN, A Biographical Dictionnary.... p. 409).